Un Refuge pour T

mai 10, 2013
Écrit par Betty, de Action LGBTQ avec les Immigrant.e.s et Réfugié.e.s (AGIR)

 

Salut, je m’appelle Betty, je suis transsexuelle et réfugiée du Mexique. Peut-être que cette introduction vous fait penser aux introductions dans les groupes d’alcooliques anonymes (AA). Mais non, je ne suis pas alcoolique (en tout cas, pas à temps plein), je voulais juste vous présenter mon statut et partager mon point de vue.

 

Pour commencer, si vous êtes une personne cis (le terme utilisé dans certaines communautés trans pour désigner une personne non-trans) qui ne sait pas ce que ça signifie être une personne transsexuelle, lisez attentivement : les personne trans ont une identité de genre ou identité sexuelle différente du sexe et/ou du genre qui leur a été assigné à la naissance. On parle d’identité de genre, et non d’orientation sexuelle (gai, lesbienne, bisexuel.le) –  c’est notre manière personnelle de comprendre notre genre. Y’a probablement beaucoup de gens qui sont mélangés quant à tout ça – c’est comme quand on apprend au sujet des personnes racialisées.  L’accès à de l’information concernant l’identité de genre est limitée. Pour ceux.celles d’entre nous qui sommes trans, on prend soin l’un.e de l’autre le mieux qu’on peut.

J’imagine que la majorité des immigrant.e.s savent ce que ça signifie être un.e demandeur.euse d’asile ou un.e réfugié.e accepté.e. Nous savons, au moins, les différentes raisons qui nous ont motivé.e.s à quitter nos pays. J’ai encore l’expression « demande non fondée” dans ma tête, ou peut-être « fausse réfugiée » serait plus à propos? Ben, j’aimerais juste dire aux personnes qui pensent qu’on soumet des demandes d’asile juste pour le fun : si ces personnes étaient dans mes souliers, je suis certaine qu’elles n’oseraient jamais dire ça.

 

Être réfugié.e, dès le début du processus, c’est être traité comme un.e criminel.le. C’est loin d’être juste, vivre dans des conditions précaires – traumatisme, paranoïa, faible estime de soi, douleur émotionnelle ou physique, quitter ta famille, ton chez-soi, ta ville, tes traditions, ta culture, tes épargnes ou ce que tu avais avant ton départ, et arriver seulement avec quelques vêtements (si t’es chanceux.euse) et ton espoir (si tu l’as encore). Crois- moi…la personne qui pense qu’on est « faux.ausse » ou qu’on fait des demandes « non-fondées » saurait plus de quoi elle parle si elle comprenait tout ça.

C’est pas drôle, c’est pas agréable, c’est ni prospère ni stable. Parce que tu te retrouves nulle part! Être demandeur.euse d’asile – tu n’as pas de statut, tu dois traverser un processus long et stressant, ce qui augmente ton expérience traumatique. En attendant, tu dois t’intégrer à la société canadienne, ou dans mon cas, québécoise. Cela signifie apprendre l’histoire québécoise et la langue française.

 

En tout cas, le Mexique est un pays riche en diversité, gouverné par le patriarcat et des hommes majoritairement machos.  
Si le taux d’agressions contre les queers est élevé, tu ne peux pas t’imaginer comment c’est dangereux pour les personnes travesties ou transsexuelles.

Oui, peut-être qu’il y a beaucoup de gens qui demeurent isolés, car on doit se cacher, s’enfuir, parce qu’on subit plusieurs différentes formes de violence transphobe. Si tu te retrouves au Mexique – imagine que tu es un homme qui s’habille comme femme, avec des longs cheveux merveilleux, du maquillage et des talons-hauts, ou, si tu es une femme, tu portes des pantalons, une chemise et des souliers pour hommes, tu coupes tes cheveux, tu te rases tous les jours et t’essaie de cacher tes seins. Maintenant, imagine un scénario : tu arrives à l’école, tu marches au centre-ville, ou peut-être tu cherches un emploi. As-tu déjà vu une personne transsexuelle dans une université? Ben, peut-être que oui, mais y’en a pas beaucoup. En as-tu vu qui travaillent comme avocat.e.s, banquier.e.s, comptables ou médecins? En tout cas, si tu en as déjà vu dans ces contextes, tu as de la chance! Peut-être que cette personne suit son rêve et a un mode de vie aisé, peut-être qu’elle est riche!

 

Malheureusement, j’ai été témoin de personnes trans travaillant dans les bars, se promenant la nuit, étant travailleur.euse.s de sexe dans les pires endroits – étant des cibles fréquentes de violence, de harcèlement, d’agression sexuelle et d’abus de leurs clients. Être payé.e 2 dollars pour sucer une queue? (ça c’est de l’abus clair et net!). La sécurité c’est le plus gros problème pour nous, car y’a pas de lois qui protègent nos diverses identités de genre, on n’a pas de droits humains qui nous protègent.

 

En tout cas, j’aimerais vous demander de prendre une minute pour réfléchir à tout ça, pour vous demander comment vous réagiriez, comment vous vous sentiriez, si vous étiez à notre place? Pas facile, n’est-ce pas? Je ne cherche pas de la charité ni de la compassion, je veux juste que vous compreniez comment c’est difficile en maudit survivre dans les pays d’Amérique Latine. On a besoin d’argent pour payer le loyer, les hormones, les chirurgies, pour se nourrir, se vêtir et pour répondre à nos besoins de base (ça coûte cher en titi!). Moi, en parlant de moi-même, j’ai perdu des personnes proches – ma famille et mes ami.e.s.

Maintenant je vis dans les conditions les plus appauvries de ma vie. Je suis toujours vivante, je suis en bonne santé, je peux marcher dans les rues durant le jour sans crainte ni stress, je peux avoir un objectif professionnel, je peux travailler et contribuer à ma communauté, je peux aider à solidifier les liens entre les personnes dans la communauté trans à Montréal.  L’expression « demande non-fondée » , en ce qui concerne l’immigration, signifie cela : je m’en fous si tu es en danger, je ne te veux pas dans mon pays.  

 Je connais des femmes trans déclarées « fausses réfugiées », qui ont été renvoyées dans leur pays, vivant dans les conditions les plus précaires. Il y en a parmi celles-ci qui ne vivent pas pour longtemps, car cette décision négative quant à leur demande d’asile leur a coûté leur vie.  Elles ont été assassinées. La recherche démontre que le Mexique est le deuxième pays ayant le plus haut taux de meurtres de personnes transsexuelles, après le Brésil. La plupart de ces crimes ne sont jamais résolus.

Cher.e ami.e : c’est pas des « fausses réfugiées », c’est des personnes qui ne sont pas en SÉCURITÉ! J’aimerais rajouter cette information : si tu traverses actuellement le processus de demande d’asile, que tu as déjà eu ton procès ou que tu n’as aucune idée de qu’est-ce qui ce passe avec ton statut – viens aux différents groupes et organismes pour avoir du soutien.

 

Il existe des groupes de justice sociale qui peuvent t’aider et qui peuvent t’accompagner durant le processus de demande d’asile.  Essaye de trouver un.e bon.ne avocat.e, il y en a de disponible à travers l’aide juridique qui ne sont ne coûtent pas trop cher.  Implique-toi dans les groupes qui sont par et pour (c’est-à-dire par et pour la communauté trans, ou la communauté queer ou immigrante, etc.) Des personnes ayant de l’expérience avec le processus de demande d’asile peuvent te guider dans ton processus.

 

Si vous être membres de la communauté LGBTQ et que vous avez besoin de ressources, contactez-nous à AGIR (info@agirmontreal.org)! On peut en parler. Merci d’avoir pris le temps de lire cet article.

 

Avec amour,

Betty

 

 

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