Bouffe pour tou.te.s ! Statut pour tou.te.s !

mai 10, 2013
Un texte du comité Bouffe pour Tou.te.s de Solidarité Sans Fontières

Notre mandat

Nous sommes un comité de Solidarité Sans Frontières, fondé en 2011. Nous croyons que l’accès à la nourriture est fondamental pour la dignité et l’autodétermination des migrant.e.s sans-papiers ainsi que toutes les personnes qui sont confrontées à la pauvreté et à la précarité. Nous croyons que la pratique de refuser l’accès à des services à certain.e.s, notamment l’accès aux banques alimentaires, est profondément discriminatoire. Une partie de la lutte que nous menons consiste à briser les frontières à l’intérieur de notre ville afin de s’assurer que tou.te.s ont accès aux services sans aucune crainte.  La sécurité alimentaire devrait être accessible à tou.te.s les Montréalais.e.s quelque soit leur statut d’immigration. En mettant sur pied une Cité sans frontières, nous nous opposons à la peur, l »isolement,la précarité et la division. En plus de travailler à rendre accessible les banques alimentaires à tou.te.s, nous voulons en premier temps dénoncer et confronter les systèmes qui créent les inégalités elles-mêmes et de cette façon, le besoin même d’avoir des banques alimentaires. Nous demandons l’accès à une alimentation saine pour tou.te.s, quelque  soit leur statut d’immigration !

Barrières à l’accès à la nourriture

À l’heure actuelle, il existe plus de 40 000 Montréalais.e.s sans statut ou à statut précaire, qui sont confronté.e.s à des barrières leur bloquant l’accès à des services qui sont autant essentiels à leur santé et sécurité qu’à celles de leur communauté. Un de ces services est l’aide alimentaire d’urgence.

Alors que la faim en ville est intimement liée à la pauvreté et que celle-ci est un enjeu majeur à Montréal, les sans-papiers montréalais sont confrontés à des barrières additionnelles pour avoir accès aux services de dépannage alimentaire ; des barrières que les autres résident.e.s n’auront pas à  affronter, par exemple être dans l’incapacité de fournir des documents officiels, des preuves de revenu, une preuve d’adresse, sans compter les barrières linguistiques. Les services d’alimentation d’urgence manquent souvent d’information adéquate concernant l’immigration et leurs structures ne tiennent souvent  pas compte des réalités des sans-papiers.

Parmi les barrières les plus tangibles dans le secteur de la distribution alimentaire, nous retrouvons l’exigence, faite par certaines banques alimentaires, de fournir des documents officiels comme condition  pour l’accès au service (le type de document que les sans-papiers et les gens avec un statut précaire n’ont habituellement pas) et la peur que leur statut soit révélé et rapporté aux autorités. Le peu de temps libre et la mobilité réduite dû à des conditions de vie précaires sont certainement aussi des barrières significatives.

Afin de dénoncer ces barrières et de collaborer à construire une Cité sans frontières, nous travaillons à préparer des ateliers d’éducation populaire pour les organisations œuvrant dans le secteur de la sécurité alimentaire. Avec ces ateliers, nous espérons que ces groupes adopteront deux principes fondamentaux. (1) Que toute information concernant le statut d’immigration ne soit jamais un prérequis pour avoir accès à l’aide alimentaire et qu’aucune forme de preuve d’identité ne soit demandée. (2) Implanter une politique empêchant toute collaboration avec l’Agence des services frontaliers canadiens (ASFC) afin de rendre ces espaces sécuritaires et accessibles pour tout le monde.

De plus, nous travaillons à cartographier les organismes d’aide alimentaire afin de mieux comprendre le réseau à Montréal et de mettre des images sur  l’accessibilité ou l’inaccessibilité à ces services tout en créant des liens et en nous informant auprès de ces organismes locaux.

Solidaires et non charitables

Les ateliers d’éducation populaire étant une première étape, nous travaillons à  encourager le mouvement vers un modèle d’autonomie alimentaire solidaire plutôt qu’un modèle charitable. Nous croyons que l’accès à une alimentation saine pour tou.te.s  requière que nous nous battions pour des modèles qui permettent à chaque individu un réel pouvoir de décision sur sa vie. De plus, nous croyons qu’il est important de confronter les barrières structurelles qui empêchent l’accès, marginalisent et déplacent des systèmes alimentaires communautaires.

Le modèle charitable crée et perpétue la relation dichotomique et dévalorisante entre l’usager.e et la personne qui fournit le service. Afin de contrer ceci, nous encourageons un modèle solidaire basé sur des relations horizontales plutôt qu’un système vertical ; un modèle d’aide mutuelle et de support qui donne du pouvoir aux personnes directement touchées par l’insécurité alimentaire et le racisme.

Voici quelques exemples solidaires : des cuisines collectives qui font la promotion de l’autonomie alimentaire en permettant aux individus de créer une communauté basée sur le support mutuel et l’autogestion préférablement à des relations de dépendance à l’État et aux forces du marché; des repas communautaires qui réunissent les gens et lient des groupes afin de créer des espaces collectifs desservant plusieurs besoins et rattachant ensemble plusieurs luttes; des épiceries collectives ou des initiatives d’agriculture appuyées par la communauté qui augmentent  l’accessibilité à une alimentation abordable, etc. Ce sont seulement quelques modèles déjà amenés par des groupes montréalais qui cherchent à briser l’isolement et la peur en renforçant les liens dans nos communautés.

Lier les luttes : l’accès à la nourriture et la justice migrante

La justice migrante et la justice alimentaire ne s’entrecroisent pas uniquement au sujet des banques alimentaires. Chaque année, le Canada admet plus de migrant.e.s sous des visas de travailleur.euse temporaire avec des conditions répressives (comme le Programme des travailleurs étrangers temporaires ou le Programme des travailleurs agricoles saisonniers) que dans toute autre catégorie d’immigration.

Le système alimentaire canadien même est tenu en place par les politiques étatiques d’exploitation des migrant.e.s — que ce soit par leur travail dans les champs, les serres, les lignes d’assemblage alimentaires, les entrepôts alimentaires ou l’industrie de la restauration rapide. Ces migrant-e-s travaillent sous des conditions extrêmes d’exploitation et se voient refusé des droits auxquels n’importe quel citoyen.ne a accès. Par ailleurs, la cause même de la migration est enracinée en premier lieu dans la violence de l’expansion coloniale et la mondialisation capitaliste néolibérale. Le Canada exploite la terre et les vies des gens dits « du sud » par ses pratiques minières, l’industrie agricole et l’occupation militaire.

Une analyse structurelle qui conteste les forces convergentes du capitalisme, du colonialisme et du racisme comme  fondement même des injustices qui régissent  autant le système alimentaire que le système d’immigration, doit être la base de nos demandes pour une alimentation saine pour tou.te.s.

En travaillant à défier les barrières qui empêchent l’accès à l’aide alimentaire pour les sans-papiers montréalais, nous enracinons également d’une façon plus profonde nos luttes pour l’auto-détermination et la liberté de se déplacer, en exigeant un statut pour tou.te.s, et, ultimement, en exigeant la fin du système d’immigration raciste actuel et de l’État colonial canadien.

Pendant que notre campagne va de l’avant, nous vous invitons  à imaginer un Montréal dans lequel la bouffe serait vraiment accessible.

Comment pouvons-nous élargir nos réseaux de solidarité et d’aide mutuelle afin d’assurer une alimentation saine à tou.te.s?

Si cela vous intéresse, contactez-nous !

Courriel : food4allmontreal@gmail.com

Solidarité sans frontières : solidaritesansfrontieres@gmail.com, 438-933-7654

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