Pourquoi Mexicanxs, pourquoi Unidxs et pourquoi pour la régularisation?

mai 10, 2013
by Romina Hernandez

Pourquoi Mexicanxs?

Parce que l’accord de Libre-Échange (ALENA) entre le Canada, les États-Unis et le Mexique permet essentiellement à des entreprises transnationales, dans les trois pays, et à leurs élites politiques et économiques, de négocier librement les uns avec les autres et d’éliminer les obstacles au commerce, mais interdit les déplacements humains qui sont les conséquences directes et désastreuses de cet accord.

Parce qu’on observe et on agit aussi contre l’extrême violence, sous toutes ses formes, de l’État mexicain contre ses citoyens et son incapacité à leur répondre en matière de sécurité.

Parce qu’il semblerait illogique de penser que lorsque les stratégies néolibérales se concentrent sur certaines communautés en provoquant leur misère et leur exploitation par la violence et ne s’attendent pas en retour à la résistance, l’organisation ou la lutte sociale.

Nous répondons en tant que «communauté» parce que nous avons été directement attaqué.e.s comme tel d’une façon impitoyable par les États et par ceux.celles qui les gouvernent. Mais nous réunir et nous organiser en tant que communauté ne signifie d’aucune manière que nous sommes un groupe fermé, au contraire, dans notre parcours de migration nous avons appris que toutes les luttes de résistance sont liées. Le défi commun est de trouver des modes d’organisation différents de ceux utilisés par les structures du capitalisme sauvage : oppression et exploitation utilisant la force et la violence. Nous défendons le droit légitime de nous ressembler avec ceux et celles qui partagent non seulement la même nationalité mais aussi la même façon de penser.

Nous sommes mexicain.e.s et uni.e.s parce que tout au long de notre chemin nous avons traité de l’importance de la lutte aux côtés de tous et toutes les camarades quelle que soit leur nationalité, sans oublier notre identité et d’où nous venons.

Pourquoi Unidxs?

Notre première réaction serait de dire qu’il n’y a pas d’autres moyens de faire, ni de résister ni de lutter contre les politiques injustes dont nous avons été victimes. Par contre, penser que le partage de la même nationalité ou que l’expérience de migrer nous unis dans la pensée et dans la façon de lutter, serait de tomber dans l’innocence ou la fatalité stratégique. La communauté mexicaine au Canada, et plus précisément celle de Montréal, a immigré malheureusement avec tous les vices et toutes les divisions de classes qui existent dans ce pays. MUR est à peine une partie représentative de la communauté mexicaine de Montréal, une petite portion de la population mexicaine immigrante qui a décidé de se rassembler pour traverser les frontières de classe, de statut migratoire, de langue et de nationalité pour parler des plus défavorisés et des plus vulnérables à l’exploitation humaine: ceux.celles qui basculent dans un statut d’immigration entre l’existence et la clandestinité et qui participent activement à construire une société plus juste et plus égalitaire, sans distinction.

L’union au MUR n’a pas été facile, car il est, comme dans toute autre lutte pour la justice sociale, très difficile de se mettre d’accord avec les principes et les objectifs. Les modes et les stratégies ont changé au fur et à mesure du temps et des personnes impliquées. La communication, l’organisation, l’éducation populaire et les intérêts communs se confrontent souvent aux intérêts individuels et sont des défis auxquels nous sommes confrontés en tant que groupe et qui menacent notre union. En plus des inconvénients de notre situation juridique : emplois précaires, sans sécurité, peu de ressources et moins d’énergie pour se rencontrer ne serait-ce que quelques heures pour militer. Parfois, nous avons le sentiment que nos seuls points communs sont la langue espagnole et la conviction que ce n’est qu’en investissant du temps et du capital humain que nous pourrons obtenir un changement profond au niveau individuel et collectif.

Nous avons réussi à renforcer nos principes de base et de définir nos politiques à l’intérieur et à l’extérieur afin d’ouvrir notre lutte aux groupes et alliés qui soutiennent la même idéologie et la même politique. Le MUR rejoint ceux.celles qui soutiennent que la migration est un phénomène naturel et humain et que nous sommes libres de nous déplacer. Ainsi nous nous unissons avec ceux ou celles qui sont en colère et fatigué.e.s de la cruauté du système, pour dénoncer les déportations, la double peine, les centres de détention. Nous exigeons des réponses, des noms de coupables, des dates, des ententes et pour être plus précis, des changements réels et profonds dans l’incapacité de la bureaucratie et dans l’inhumanité des lois sur l’immigration.

Pourquoi la régularisation?

Parce que nous ne pouvons pas aspirer à une société plus juste et plus égalitaire s’il existe encore des millions de personnes qui n’ont pas accès aux services fondamentaux pour tout être humain. Des milliers de personnes vivent et travaillent dans les emplois les plus dangereux, les plus précaires, avec des horaires difficiles et arrivent à peine au salaire minimum, sans assurance emploi, ni vacances, ni chômage, ni congés de maternité et, en cas d’accident ou de maladie, n’ont pas la capacité d’aller à l’hôpital car ils vivent toujours dans la peur d’être renvoyé dans leur pays d’origine s’ils sont découverts.

Nous exigeons un programme ouvert et complet de régularisation pour toutes les personnes qui vivent au Canada, y compris nous, bien sûr, les Mexicains. Le Canada a lancé des programmes de régularisation dans le passé pour certaines communautés et il pourrait bien le faire à nouveau s’il en avait la volonté. Par contre, il s’agissait de programmes exclusifs et bien connus, encore une fois, pour répondre aux besoins de main-d’œuvre du pays. Ces programmes n’incluaient ni droits ni réparations aux dommages et aux années durant lesquelles les Mexicain.e.s ont été ignoré.e.s.

Un programme de régularisation ouvert et complet pour toute personne vivant dans la clandestinité et pour toutes celles qui vivent dans l’incertitude et l’angoisse du futur. Parce que c’est le paiement minimum de la dette que nous devons aux millions de personnes qui ont travaillé pendant des années et travaillent encore dans nos champs, qui s’occupent de nos enfants, des nos aînés, qui confectionnent nos vêtements, qui nous livrent des pizzas à la maison, qui cuisinent pour nous dans les restaurants, qui nous ramènent à la maison dans leurs taxis, qui nettoient nos bureaux… Ces personnes vivent depuis des années dans le secret, sans faire partie de la société et sont privées de la liberté de vivre sans crainte. Des centaines de personnes et de familles sans lesquelles l’économie canadienne ne pourrait jamais fonctionner.

Pour Mexican@s Unid@s por la Régularizacion.

 

 

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