{"id":2440,"date":"2013-05-10T14:11:05","date_gmt":"2013-05-10T14:11:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/?page_id=2440"},"modified":"2013-05-11T17:10:05","modified_gmt":"2013-05-11T17:10:05","slug":"struggle-against-the-deportation-of-paola-ortiz%c2%a0-fragment-from-a-collective-history","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/fr\/solidarity-city\/solidarity-city-journal\/struggle-against-the-deportation-of-paola-ortiz%c2%a0-fragment-from-a-collective-history","title":{"rendered":"Lutte contre la d\u00e9portation de Paola Ortiz\u00a0: fragment d\u2019une histoire collective"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<address>Par Daniel Veron \u00a0<\/address>\n<p>Mardi 6 septembre 2011. Premi\u00e8re r\u00e9union de Solidarit\u00e9 Sans Fronti\u00e8res \u00e0 laquelle j\u2019assiste. Ce jour-l\u00e0 sont \u00e9voqu\u00e9es les demandes d\u2019aide re\u00e7ues ces derniers temps, dont un accompagnement pour le lendemain. Peu d\u2019infos, juste un rendez-vous le lendemain fix\u00e9 avec David, l&rsquo;ami d&rsquo;une certaine Paola, au \u00ab\u00a010-10 St-Antoine\u00a0\u00bb. Cette adresse n\u2019a alors pas la moindre r\u00e9sonnance \u00e0 mes oreilles. Qui peut y aller avec Jean-Luc\u00a0? Bah moi tiens, j\u2019ai du temps, je suis l\u00e0 pour \u00e7a.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De fait, si je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 2011, c\u2019est en grande partie pour des raisons professionnelles\u00a0: j\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour effectuer six mois de recherche, dans le cadre de ma th\u00e8se de sociologie que je pr\u00e9pare (toujours) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Nanterre, en France. Ici, il me faut pr\u00e9ciser que mon \u00ab\u00a0mode d\u2019entr\u00e9e sur le terrain\u00a0\u00bb, comme on dit dans le jargon, est bien particulier\u00a0: je m\u2019ancre pleinement dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale que j\u2019entends analyser. Et ma position est claire\u00a0: elle est du c\u00f4t\u00e9 de celles.eux qui luttent. (Bon si je raconte \u00e7a, c\u2019est pour que vous situiez un tant soit peu le narrateur de ce r\u00e9cit.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2513 aligncenter\" title=\"Struggle against the deportation of Paola Ortiz 3\" src=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-3-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-3-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-3.jpg 435w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le lendemain, je retrouve Jean-Luc devant les locaux de l\u2019Agence des Services Frontaliers du Canada, au 1010 de la rue Saint-Antoine, Montr\u00e9al. Arrivent alors Paola et David. On a une petite demi-heure pour faire le point autour d\u2019un caf\u00e9. Paola est extr\u00eamement anxieuse. Elle a rendez-vous tout \u00e0 l\u2019heure avec \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb agente, c\u2019est-\u00e0-dire la personne charg\u00e9e de proc\u00e9der \u00e0 sa d\u00e9portation. Paola s\u2019est en effet vue refuser l\u2019asile par le Canada et, ayant \u00e9puis\u00e9 tous les recours, son expulsion du pays est imminente. Mais son anxi\u00e9t\u00e9 \u2013 elle est palpable \u2013 vient autant de la perspective qui l\u2019attend que de la personnalit\u00e9 de son agente, Liette Malenfant. Cette femme terrifie Paola. C\u2019est son troisi\u00e8me rendez-vous avec elle. Le premier, au moment du rejet de son ERAR (Examen des Risques Avant Renvoi), s\u2019est sold\u00e9 par une mise en d\u00e9tention. Le second \u00e9tait la semaine derni\u00e8re, l\u00e0 encore afin d\u2019organiser sa d\u00e9portation : \u00ab\u00a0Elle me crie dessus tout le temps. Elle est mauvaise\u00a0! En face d\u2019elle je perds tous mes moyens\u2026\u00a0\u00bb. Cette fois-ci elle doit apporter ce qui manquait la fois pass\u00e9e, \u00e0 savoir le passeport de sa fille, un passeport canadien puisque la petite, \u00e2g\u00e9e de 4 ans, est n\u00e9e ici, tout comme son petit fr\u00e8re qui lui n\u2019a que 2 ans. Sauf qu\u2019elle n\u2019a pas ce passeport, il ne lui a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 le seuil de ce grand b\u00e2timent impersonnel, s\u2019\u00eatre pli\u00e9.e.s \u00e0 la fouille des sacs, d\u00e9clin\u00e9 les raisons de notre visite, et bien s\u00fbr patient\u00e9 dans la salle d\u2019attente, suivant des yeux les disparitions r\u00e9guli\u00e8res des membres de cette foule m\u00e9tiss\u00e9e derri\u00e8re une porte grise \u00e0 l\u2019appel de leur nom, c\u2019est au tour de Paola de s\u2019entendre appel\u00e9e. Nous nous levons tou.te.s les quatre, dans un m\u00eame mouvement. Arriv\u00e9.e.s face \u00e0 l\u2019agente, la douche froide\u00a0: elle refuse que nous accompagnions Paola pendant la rencontre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019attente est longue, mais Paola finit par ressortir, pour le moins troubl\u00e9e. L\u2019agente s\u2019adresse \u00e0 nous\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019avais demand\u00e9 un passeport en urgence. Elle ne l\u2019a pas demand\u00e9 en urgence.<\/p>\n<p>\u00ad\u00ad\u2013 Si\u00a0! J\u2019ai montr\u00e9 la lettre\u00a0! s\u2019insurge Paola.<\/p>\n<p>\u2013 Non\u00a0!! Sinon il aurait \u00e9t\u00e9 fait en urgence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rendez-vous est fix\u00e9 pour demain. Paola doit ramener le re\u00e7u du d\u00e9p\u00f4t de demande de passeport en urgence, \u00e0 d\u00e9faut du passeport lui-m\u00eame. Et l\u00e0-dessus, l&rsquo;agente tourne les talons, et disparait derri\u00e8re cette foutue porte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En attendant Paola est en larmes, elle tremble, et r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Mais j\u2019ai montr\u00e9 la lettre, je l\u2019ai montr\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb. Violence inou\u00efe contenue dans le simple fait de mettre en doute sa parole.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le temps pour Paola de r\u00e9cup\u00e9rer et on se met au boulot\u00a0: faire la demande de passeport en urgence d\u2019abord\u00a0; trouver un avocat ensuite. Quelques coups de fils plus tard, rendez-vous est pris avec Stewart Istvanffy. Une fois dans son bureau, bonne surprise, Stewart connait Paola, c\u2019est lui qui l\u2019a fait sortir du centre de d\u00e9tention de Laval quelques semaines plus t\u00f4t. Il connait donc le dossier et l\u2019accompagnera demain revoir Malenfant. Mais il est pessimiste\u00a0: dans quelques jours, le passeport sera pr\u00eat, et plus rien n\u2019emp\u00eachera l\u2019expulsion de Paola et de ses deux enfants. Notre seule chance\u00a0: monter un comit\u00e9 de soutien, frapper \u00e0 toutes les portes, faire du pied \u00e0 des journalistes et croiser les doigts pour r\u00e9ussir une mobilisation m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et justement \u00ab\u00a0le cas\u00a0\u00bb de Paola est de ceux qui peuvent susciter la compassion. Femme violent\u00e9e par son conjoint au Mexique \u2013 un flic donc d\u2019autant plus d\u2019impunit\u00e9 \u2013, elle a fui au Canada, o\u00f9 elle met au monde deux enfants, canadiens. Le plus jeune est diagnostiqu\u00e9 autiste et la plus grande a des difficult\u00e9s d\u2019\u00e9locution dues \u00e0 une surdit\u00e9 partielle\u00a0; les deux n\u00e9cessitent donc des soins sp\u00e9cifiques, qu&rsquo;ils ne peuvent gu\u00e8re esp\u00e9rer recevoir s&rsquo;il.elle.s retournent au Mexique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors voil\u00e0 que la machine m\u00e9diatique mord \u00e0 l\u2019hame\u00e7on et s\u2019emballe (non sans peine et sueur de Paola, de ses proches et d&rsquo;une poign\u00e9e de soutiens). Face aux cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision, Paola est \u00e9loquente et raconte sa r\u00e9alit\u00e9,\u00a0celle pr\u00e9cis\u00e9ment que Immigration Canada \u00ab\u00a0ne voit pas, n\u2019\u00e9coute pas\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Maintenant que je suis ici, que je vois que les choses peuvent s\u2019am\u00e9liorer, ils veulent me d\u00e9porter. Pourquoi\u00a0? Ma vie, mon foyer est ici.\u00a0\u00bb De conf\u00e9rence de presse en entrevues t\u00e9l\u00e9, radio ou papier, Paola \u00e9cume les r\u00e9dactions. Et les soutiens pleuvent.<a href=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-medium wp-image-2512\" title=\"Struggle against the deportation of Paola Ortiz\" src=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz.jpg 801w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourtant le lundi 19 septembre, lorsqu\u2019un recours \u00e0 la Cour F\u00e9d\u00e9ral est entendu, le juge le rejette, en d\u00e9pit de toutes ces premi\u00e8res pages. Paola est effondr\u00e9e. Deux semaines \u00e9puisantes physiquement et surtout \u00e9motionnellement qui se soldent par un \u00e9chec. Demain on se retrouve \u00e0 l\u2019a\u00e9roport\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mardi 20 septembre, a\u00e9roport Trudeau, 6h30. Les cam\u00e9ras sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et Paola leur fait face. Ses enfants ne sont pas l\u00e0, ils resteront au Canada. Tout le monde pleure. Et quand Paola me glisse\u00a0: \u00ab\u00a0Promets-moi qu\u2019on ne va pas m\u2019oublier, promet moi de tout faire pour continuer \u00e0 \u00eatre dans les m\u00e9dias\u00a0\u00bb, je ne les retiens pas toutes, mes larmes. Paola, elle, ne pleure plus. Pas face aux cam\u00e9ras. Elle tient \u00e0 t\u00e9moigner, mais plus seulement pour elle, pour tou.te.s les autres, toutes les personnes qui subissent de plein fouet la violence des politiques migratoires, \u00ab\u00a0qui te voient seulement comme un papier, et te jettent de c\u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Paola ne partira pas ce jour-l\u00e0. L\u2019expulsion a d\u00fb \u00eatre annul\u00e9e, Paola ayant fait un malaise : trop de stress. Trois jours de r\u00e9pit, une derni\u00e8re nuit qui prend la forme d&rsquo;une vigie \u00e0 laquelle tous les soutiens assistent, et le 23 septembre 2011 Paola est expuls\u00e9e du Canada, malgr\u00e9 cette \u00e9norme mobilisation m\u00e9diatique. Laquelle n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 totalement vaine puisque c\u2019est largement gr\u00e2ce \u00e0 celle-ci que Paola a pu revenir \u2013\u00a0relativement \u2013 rapidement au Canada (relativement car il aura tout de m\u00eame fallu sept mois de lutte, sur un autre rythme bien-s\u00fbr, mais avec l&rsquo;aiguillon d&rsquo;une certitude : chaque jour o\u00f9 Paola est s\u00e9par\u00e9e de ses enfants est un jour de trop). Tel est semble-t-il l\u2019arrangement en hauts lieux\u00a0dont Paola a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 : elle se plie \u00e0 son obligation de quitter le Canada, et le Qu\u00e9bec s\u2019engage \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer son retour. Mais ces bassesses qui permettent aux puissants de garder la face n\u2019ont que peu d\u2019int\u00e9r\u00eat. Ce qui pour moi, pour nous, en a de l\u2019int\u00e9r\u00eat, c\u2019est tout ce dont le spectacle ne parle pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est un tout petit bout de l\u2019histoire de Paola que je vous raconte de l\u2019ext\u00e9rieur. Un fragment de la vie de Paola, qui correspond au moment o\u00f9 nos trajectoires, la sienne et la mienne, se sont crois\u00e9es. A l&rsquo;instar de tous ces m\u00e9dias qui eux aussi ont racont\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire de Paola\u00a0\u00bb ? Pas tout-\u00e0-fait non. Parce que ce qu&rsquo;ils ne disent pas, c&rsquo;est que ce traitement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Paola est loin de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;anecdotique. Il n\u2019est pas le fait d\u2019un triste hasard\u00a0: \u00ab\u00a0Ah pas de chance, t\u2019es tomb\u00e9e sur Malenfant\u00a0\u00bb. Pas plus qu\u2019il ne s\u2019agirait d\u2019un l\u00e9ger faux pas dans une logique de gestion rationnelle, humaine et juste : \u00ab\u00a0Bon c\u2019est vrai qu\u2019une femme violent\u00e9e, avec des enfants canadiens en bas \u00e2ge, m\u00e9rite de rester l\u00e0. Soyons cl\u00e9ment.e.s\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Non, cette petite histoire \u2013 permettez que je rev\u00eate un instant mes habits de sociologue ? \u2013 est le produit d\u2019une violence syst\u00e9mique aux fonctions pr\u00e9cises. Violence qui s\u2019ancre tr\u00e8s largement dans l\u2019h\u00e9ritage colonial de ces \u00c9tats-nations dont sont recycl\u00e9s non seulement les constructions id\u00e9ologiques mais aussi les dispositifs policiers et les techniques de gestion des populations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on s&rsquo;y penche un peu, il appara\u00eet que la d\u00e9portation a deux fonctions sp\u00e9cifiques intimement li\u00e9es. La premi\u00e8re est une r\u00e9affirmation spectaculaire, th\u00e9\u00e2trale, de la fronti\u00e8re. L\u2019espace physique sur lequel l\u2019Etat-nation pr\u00e9tend assumer une souverainet\u00e9 est mat\u00e9rialis\u00e9 par la d\u00e9portation hors de ses fronti\u00e8res ; et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale est ainsi scand\u00e9e. Que ce soit en France, au Canada, ou ailleurs, le th\u00e9\u00e2tre de la fronti\u00e8re produit son effet : d\u00e9marquer le eux du nous, et, dans le m\u00eame mouvement, r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 \u00e9tatique. Sans oublier la dimension mat\u00e9rielle de ce th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 savoir toute l\u2019\u00e9conomie de la s\u00e9curit\u00e9 engendr\u00e9e : construction de ces murs de s\u00e9parations, de centres de d\u00e9tention, logistique de l&rsquo;expulsion, technologies de d\u00e9tection, militarisation de la surveillance\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La seconde fonction est sans doute plus fondamentale encore : la d\u00e9portation favorise l&rsquo;exploitation \u00e9conomique des personnes. Non pas tant la d\u00e9portation en elle-m\u00eame, mais plut\u00f4t la d\u00e9portabilit\u00e9 des migrant.e.s, la menace suffisant \u00e0 produire l&rsquo;effet disciplinaire. Car la menace du renvoi du pays d\u00e9multiplie celle du renvoi de l&#8217;emploi. Heures suppl\u00e9mentaires impay\u00e9es, retenues sur salaires, non respect du droit du travail, des conditions de s\u00e9curit\u00e9 ou d&rsquo;hygi\u00e8ne : l&rsquo;\u00e9ventail des abus est large. Si ces ill\u00e9galismes ne sont \u00e9videmment pas uniquement le lot des travailleurs.euse.s migrant.e.s ill\u00e9galis\u00e9.e.s, reste qu&rsquo;il.elle.s sont largement favoris\u00e9s par la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui les caract\u00e9rise (le m\u00eame m\u00e9canisme est identique dans le cas des travailleur.euse.s temporaires qui, bien que poss\u00e9dant un statut l\u00e9gal, restent sous la menace du renvoi et du non renouvellement de leur contrat l&rsquo;ann\u00e9e suivante). Rien d&rsquo;\u00e9tonnant donc \u00e0 retrouver syst\u00e9matiquement les sans-papiers employ\u00e9.e.s toujours dans les m\u00eames secteurs : ceux des \u00ab\u00a03Ds\u00a0\u00bb (pour dirty, difficult and dangerous, soit la construction, le nettoyage industriel, la restauration\u2026), et ceux du care (le soin, le travail domestique, le travail du sexe\u2026). La logique \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre ici est navrante de banalit\u00e9 : baisse du co\u00fbt du travail et par cons\u00e9quent augmentation du profit.<a href=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-medium wp-image-2514\" title=\"Struggle against the deportation of Paola Ortiz 2\" src=\"\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/Struggle-against-the-deportation-of-Paola-Ortiz-2.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors si l&rsquo;histoire de Paola vaut la peine d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e, ce n&rsquo;est pas tant pour la compassion qu&rsquo;elle permet de susciter. C&rsquo;est pour tout ce qu&rsquo;elle dit de ce processus \u00e9tatique d&rsquo;ill\u00e9galisation des personnes qui sert directement des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et politiques. Tout ce qu&rsquo;elle dit de cette violence syst\u00e9mique \u00e9rig\u00e9e en bonne gestion gouvernementale, et maquill\u00e9e de rationalit\u00e9 et d&rsquo;humanisme. Si l&rsquo;histoire de Paola vaut la peine d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e, ce n&rsquo;est pas pour des larmes, c&rsquo;est pour du sang vers\u00e9. C&rsquo;est pour ce qu&rsquo;il faut d\u00e9truire<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Daniel Veron \u00a0 Mardi 6 septembre 2011. Premi\u00e8re r\u00e9union de Solidarit\u00e9 Sans Fronti\u00e8res \u00e0 laquelle j\u2019assiste. Ce jour-l\u00e0 sont \u00e9voqu\u00e9es les demandes d\u2019aide re\u00e7ues ces derniers temps, dont un accompagnement pour le lendemain. 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