{"id":6963,"date":"2016-07-28T16:54:27","date_gmt":"2016-07-28T20:54:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/?p=6963"},"modified":"2016-08-05T07:24:29","modified_gmt":"2016-08-05T11:24:29","slug":"6963-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/fr\/6963-2","title":{"rendered":"Lettre ouverte de Gilda Lakatos"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"\/wp-content\/uploads\/lakatosweb010.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-6964 alignleft\" src=\"\/wp-content\/uploads\/lakatosweb010-300x200.jpg\" alt=\"lakatosweb010\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/lakatosweb010-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/lakatosweb010-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.solidarityacrossborders.org\/wp-content\/uploads\/lakatosweb010.jpg 1728w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><em>Aussi <a href=\"http:\/\/journal.alternatives.ca\/spip.php?article8191&amp;var_mode=calcul\">publi\u00e9 ici<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><i>Le 2 ao\u00fbt est consid\u00e9r\u00e9 comme le jour de comm\u00e9moration du g\u00e9nocide des Roms d&rsquo;Europe durant la Seconde guerre mondiale, afin que de telles atrocit\u00e9s n&rsquo;aient plus jamais lieu. Mais la droite x\u00e9nophobe est \u00e0 nouveau en expansion en Europe. <\/i><i><br \/>\n<\/i><i><br \/>\n<\/i><i>Katalin Lakatos et sa fille Gilda, deux femmes refugi\u00e9es d&rsquo;origine Roms de Hongrie qui luttent contre leur d\u00e9portation de Canada depuis le rejet de leur demande de statut de r\u00e9fugi\u00e9 il y a plus d\u2019un an, ont re\u00e7u un avis d&rsquo;expulsion pour le 11 ao\u00fbt.<\/i><i><br \/>\n<\/i><i><br \/>\n<\/i><i>Voici une lettre o\u00f9 Gilda raconte son long combat pour rester au Canada, et pourquoi sa famille a fui la Hongrie et ne veut pas y retourner. <\/i><i><br \/>\n<\/i><i><br \/>\n<\/i><i>Pour savoir plus sur leur histoire ou pour savoir comment vous pouvez les appuyer, <a href=\"\/fr\/rally-and-call-for-action-lakatos-family-called-in-to-cbsa-on-thursday-expects-final-decision\">cliquer ici<\/a>.<\/i><\/p>\n<p>2 ao\u00fbt 2016<\/p>\n<p>Je m&rsquo;appelle Gilda, j&rsquo;ai 17 ans et je suis Rom. Je suis arriv\u00e9e au Canada avec ma m\u00e8re, mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re, il y a 5 ans. Nous sommes venus ici pour fuir le racisme, la violence et la discrimination que nous avons v\u00e9cus en Hongrie.<\/p>\n<p>En tant que Rom, nous avons toujours v\u00e9cu dans la peur, mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la situation s\u2019est empir\u00e9e. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, les politiciens disaient que \u00ab les Roms sont des parasites qu\u2019il faut \u00e9liminer \u00bb. Il y avait des groupes de \u00ab skinheads \u00bb habill\u00e9s en soldat avec des drapeaux Nazi qui marchaient autour des villages Roms. Ils \u00e9taient devant les maisons Roms et ils chantaient : \u00ab Vous allez mourir ici ! \u00bb Il y a m\u00eame une famille qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e. J\u2019avais peur de marcher dans la rue seule, surtout apr\u00e8s que ma m\u00e8re a fait une plainte contre la police suite \u00e0 la mort de mon fr\u00e8re. Dans la rue, on recevait des menaces et des injures sexuelles. Ces attitudes \u00e9taient partout. Nous ne pouvions pas vivre une vie normale.<\/p>\n<p>En Hongrie, l&rsquo;\u00e9cole a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience tr\u00e8s difficile : les enfants Roms \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s des enfants Hongrois non-Roms. Dans la cour d\u2019\u00e9cole, on ne pouvait pas jouer avec les autres enfants. Il y avait des classes sp\u00e9ciales juste pour les Roms. Nos professeurs ne se pr\u00e9sentaient presque jamais et m\u00eame quand ils \u00e9taient l\u00e0, ils ne r\u00e9pondaient pas \u00e0 nos questions.<\/p>\n<p>Le racisme en Hongrie est partout, m\u00eame dans les h\u00f4pitaux. Je me rappelle quand mon autre fr\u00e8re \u00e9tait malade, j\u2019avais 11 ans. Nous sommes all\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et ils ne voulaient pas le traiter. Les m\u00e9decins disaient qu\u2019il n\u2019avait rien et ils nous ont dit de rentrer \u00e0 la maison. Le lendemain, son \u00e9tat avait empir\u00e9 : il vomissait du sang, il faisait une forte fi\u00e8vre et n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas capable de se lever du lit ou de marcher. On a appel\u00e9 le docteur pour venir le voir, mais il nous a dit qu\u2019il \u00e9tait occup\u00e9 et qu\u2019il ne pouvait pas le voir. Le lendemain matin, mon fr\u00e8re ne pouvait pas respirer, mon p\u00e8re l\u2019a alors pris dans les bras et nous sommes all\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et le m\u00e9decin a dit qu\u2019il fallait l\u2019envoyer en urgence \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Budapest parce que sa vie \u00e9tait en danger. \u00c0 l&rsquo;h\u00f4pital \u00e0 Budapest, son c\u0153ur a arr\u00eat\u00e9 au cours du traitement et il est tomb\u00e9 dans un coma pendant 5 jours. C\u2019\u00e9tait la deuxi\u00e8me fois que j\u2019allais perdre un fr\u00e8re \u00e0 cause du racisme et de la discrimination. Je me souviens que le m\u00e9decin nous avait expliqu\u00e9 que cela aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9 s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 plus t\u00f4t, mais en Hongrie, c\u2019est tr\u00e8s commun que les m\u00e9decins refusent de traiter les Roms. Pour ma m\u00e8re, c\u2019\u00e9tait encore plus difficile, juste au moment o\u00f9 elle commen\u00e7ait \u00e0 aller mieux, elle risquait de perdre un deuxi\u00e8me fils. Mes parents \u00e9taient tous les deux tomb\u00e9s en d\u00e9pression. Nous ne savions plus quoi faire, c\u2019\u00e9tait trop. Heureusement, mon fr\u00e8re est sorti du coma, mais nous ne pouvions plus supporter tous ces difficult\u00e9s. Nous sommes venus au Canada.<\/p>\n<p>Pendant 5 ans au Canada, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 vivre une bonne vie. Je pouvais aller l\u2019\u00e9cole et \u00eatre trait\u00e9e comme les autres enfants. J\u2019aimais mon \u00e9cole, j&rsquo;avais des amis, je r\u00e9ussissais bien, je faisais des activit\u00e9s tel qu\u2019un programme de b\u00e9n\u00e9volat aupr\u00e8s des femmes \u00e2g\u00e9es, j\u2019ai appris \u00e0 parler fran\u00e7ais, et \u00e0 jouer au basketball. Je me suis fait beaucoup d&rsquo;amis \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Nous faisions des sorties et des activit\u00e9s ensemble. Je leur parle r\u00e9guli\u00e8rement et ils me soutiennent beaucoup. Ils m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 passer \u00e0 travers tout \u00e7a. Ils m\u2019ont donn\u00e9 espoir, ils m\u2019ont fait sentir que tout \u00e9tait possible. Ceci est tr\u00e8s pr\u00e9cieux pour moi car en Hongrie, je n&rsquo;avais pas d\u2019amis non-Roms, personne ne voulaient nous parler parce qu\u2019on \u00e9tait Rom. Ils nous disaient toujours: \u00ab on ne parle pas aux gitans! \u00bb. Je ne veux pas perdre mes amis Canadiens.<\/p>\n<p>Je suis d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e quand je pense \u00e0 mon avenir. Je ne comprends toujours pas pourquoi nous avons \u00e9t\u00e9 refus\u00e9, pourquoi on veut nous retourner en Hongrie.<\/p>\n<p>En avril 2015, on nous a refus\u00e9 le statut de r\u00e9fugi\u00e9. En septembre, nous avons d\u00e9pos\u00e9 une demande de r\u00e9sidence permanente pour motifs humanitaires. En octobre, nous avons fait une demande pour pouvoir rester au Canada jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on re\u00e7oive une r\u00e9ponse \u00e0 notre demande humanitaire, mais \u00e0 notre grand d\u00e9sespoir, elle aussi \u00e0 \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est pour notre famille une exp\u00e9rience tr\u00e8s difficile. Pendant cinq ans, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 vivre une vie normale. Nous \u00e9tions pour la premi\u00e8re fois comme les autres, nous \u00e9tions en s\u00e9curit\u00e9. Nous avions tellement d\u2019espoir. L\u2019id\u00e9e de repartir en Hongrie nous ramenait dans tous ces souvenirs, ces slogans, cette discrimination constante dans tous les aspects de notre vie : \u00e0 l\u2019\u00e9cole, au travail, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, dans la rue. Nous ne pouvions pas y \u00e9chapper, nulle part.<\/p>\n<p>On nous a demand\u00e9 de quitter le Canada le 30 octobre. Nous sommes rest\u00e9s et sommes devenues des sans papiers, susceptibles d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9s et renvoy\u00e9s \u00e0 chaque moment.<\/p>\n<p>\u00c0 cause de cette situation, je n\u2019ai pu pas terminer l&rsquo;\u00e9cole secondaire. Apr\u00e8s l\u2019ordre de d\u00e9portation, j\u2019avais peur de continuer \u00e0 aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mes camarades me posaient des questions sur ce qui se passe avec moi et ma famille. C&rsquo;\u00e9tait humiliant pour moi de leur raconter mon histoire et que je devais arr\u00eater mes \u00e9tudes.<\/p>\n<p>En mars dernier, mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s lors d\u2019un contr\u00f4le policier de routine de la voiture dans laquelle ils se trouvaient. Apr\u00e8s que mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus, ma m\u00e8re et moi nous nous sommes rendues \u00e0 l\u2019Immigration le 8 mars. Nous avons \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention au centre de Laval. On \u00e9tait comme en prison pendant 10 jours. Cette exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s lourde mentalement pour ma m\u00e8re et moi. Nous \u00e9tions plac\u00e9es dans une section \u00e0 part. Nous \u00e9tions seules avec nos pens\u00e9es. Nous ne faisions que penser \u00e0 tout ce qui nous \u00e9tait arriv\u00e9 et \u00e0 tout ce qui nous arrivera si on retourne en Hongrie.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s quelques jours apr\u00e8s que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e au centre de d\u00e9tention. Maintenant, ils vivent dans une grande pr\u00e9carit\u00e9 en Hongrie. Depuis qu\u2019il est en Hongrie, je suis inqui\u00e8te pour mon p\u00e8re. Il m\u2019a dit qu\u2019il ne dort plus, il ne mange plus. Ici, ma m\u00e8re et moi, vivons dans la peur constante de ce qui pourrait leur arriver.<\/p>\n<p>Je suis inqui\u00e8te aussi pour ma m\u00e8re, sa sant\u00e9 est tr\u00e8s fragile. La mort de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile pour elle. Depuis sa mort, elle souffre d\u2019une d\u00e9pression presque constante. L\u2019incertitude de notre situation depuis le refus de notre demande de r\u00e9fugi\u00e9 la touche beaucoup, et presque chaque difficult\u00e9 est devenue trop pour elle. Par exemple, apr\u00e8s que nous avons \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es du centre de d\u00e9tention \u00e0 Laval, elle n\u2019est pas sortie du lit pendant trois jours. Pendant ces trois jours, elle ne parlait presque pas. Je ne savais plus quoi faire.<\/p>\n<p>J\u2019essaie d\u2019\u00eatre forte, mais ce n\u2019est pas du tout facile. Tous ces \u00e9v\u00e9nements laisseront des marques sur moi, pour toujours. Quand je pense \u00e0 \u00e7a, je deviens stress\u00e9e, j\u2019ai peur. C\u2019est difficile pour moi de m\u00eame penser \u00e0 retourner en Hongrie. Ici au Canada, je peux avoir une vie normale. J\u2019ai des projets d&rsquo;avenir, des r\u00eaves pour ma vie au Canada \u2026 Je voudrais poursuivre mes \u00e9tudes, terminer la secondaire, aller au coll\u00e8ge, puis aller \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9. J\u2019aimerais travailler dans une entreprise en tant que gestionnaire, ou devenir avocate \u2026<\/p>\n<p>Le 12 mai, nous devions \u00eatre expuls\u00e9es vers la Hongrie, mais nous avons suppli\u00e9 le ministre de rester. Avec le soutien de nos amis, des organismes qui nous ont aid\u00e9es, nous avons re\u00e7u un permis temporaire pour rester au Canada jusqu\u2019au 16 juillet. J\u2019\u00e9tais \u00e0 la fois soulag\u00e9e et d\u00e9\u00e7ue, car il y avait toujours une possibilit\u00e9 que l\u2019on soit d\u00e9port\u00e9. C\u2019\u00e9tait toujours l\u2019incertitude.<\/p>\n<p>Et maintenant on nous a demand\u00e9 de quitter encore une fois, cette fois le 11 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Je fais de mon mieux pour ne pas y penser. Je fais de mon mieux pour \u00eatre positive, aider ma famille et d\u2019autres qui vivent dans des situations pareilles, et de faire les d\u00e9marches pour pouvoir rester ici au Canada de fa\u00e7on permanente.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 les raisons pourquoi je vous supplie de nous donner la chance d&rsquo; \u00eatre en mesure de rester. Avec ma famille, je voudrais continuer \u00e0 construire mon avenir ici, au Canada, qui est aussi mon pays.<\/p>\n<p>Je vous remercie<\/p>\n<p>Gilda Lakatos<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aussi publi\u00e9 ici. Le 2 ao\u00fbt est consid\u00e9r\u00e9 comme le jour de comm\u00e9moration du g\u00e9nocide des Roms d&rsquo;Europe durant la Seconde guerre mondiale, afin que de telles atrocit\u00e9s n&rsquo;aient plus jamais lieu. 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